Friday, May 5, 2017

Livres gratuits Ebooks Étude sur le rituel du respect social dans l’état brahmanique en ligne








Dans la société brahmanique, les cérémonies du salut ou les formes du respect extérieur, ont, comme tout ce qui se rapporte aux mœurs, un caractère religieux, et le règlement en est naturellement dévolu aux dharma-çâstras[1] ou livres de la loi. De tous ces livres de la loi ou codes indiens que nous connaissons[2], celui de Manu traite le plus complètement les matières faisant le sujet de ces çâstras. Ces matières se rapportent à ce que les Hindous appellent les trois états त्रिदशाः, la naissance, la vie et la mort, et se divisent en trois parties, dont la première, nommée आचार, s’occupe du règlement des devoirs domestiques et civils et des rapports des castes entre elles, tandis que la deuxième, nommée व्यवहार, embrasse tout ce qui a trait aux affaires judiciaires. La troisième partie, nommée प्रायश्चित्त, édicte les pénalités ou les expiations. On voit par là que le rituel qui règle les cérémonies de la salutation, les démonstrations de la politesse brâhmanique, doit trouver sa place dans l’âtchâra, la division des coutumes et des mœurs. On le lit en effet chez Manu dans le livre II, qui, à vrai dire, est le livre Ier, puisqu’il est reconnu que le livre qui est actuellement le premier, est de rédaction de beaucoup postérieure au reste de l’ouvrage, ou, pour parler plus exactement, qu’il y a été ajouté après coup[3].

Le Rituel commence, çlôka 119, en disant : « Qu’on ne s’assoie pas sur un çayâsana occupé par un supérieur, et que (celui qui est) installé dans un çayâsana, salue le (maître) après s’être levé à (son) encontre.

शयासनेऽ घ्याचरिते श्रेयसा न समाविशेत् ।
शयासनस्थश्चेवेनम्ब्रत्युत्था याभिवादयेत् ॥ ११९ ॥

Par शयासन dit le commentaire, on entend un lit et un siège, et par là nous apprenons seulement la catégorie grammaticale de ce mot, à savoir que c’est un dvandva ou composé copulatif. — Le texte nous fait entendre par le mot समाविशेत् qu’il s’asseoie conjointement, que le çayâsana est un meuble passablement large, puisqu’il peut contenir plusieurs personnes à la fois. Ce siège, destiné au maître seul, nous l’appellerions une chaire. Cependant le çayâsana est moins élevé du plancher que la chaire, et c’est ce que fait entendre, il me semble, le mot उपनिषद् qui veut dire « être assis près », à savoir près du disciple auquel le maître, commodément placé[4] dans son lit-siége, enseigne les disciplines scolastiques. C’est de cette position rapprochée du maître et du disciple, de cette condition matérielle de l’action enseignante, que, par une figure qu’on appelle métonymie, l’enseignement même a pris le nom d’Upanishat, nom qui a passé ensuite aux traités théologico-philosophiques où cet enseignement se trouve rédigé, et dont le nombre, dans l’état actuel de nos connaissances des œuvres de la littérature brahmanique, s’élève à 134[5]. La confection de ces traités, il est aisé de le remarquer par leur contenu, embrasse un laps de temps très-considérable, toute cette longue période qu’il a fallu au brâhmanisme pour se développer tel qu’il est, et qui commence, on ne peut en douter, à l’apparition du buddhisme, au vie siècle avant notre ère, pour expirer au temps où la soumission de l’Inde au régime brutal des musulmans brisa la vie intellectuelle du brâhmanisme, en détruisant ses écoles. Il y a là pour le moins un espace de temps de 17 ou de 18 siècles. On ne peut donc pas s’étonner que les Upanishats, à cause de leur contenu et des souvenirs aussi qu’elles éveillent dans l’âme des pandits, soient considérées, par leurs commentateurs du moins, comme des œuvres de révélation, çruti[6], qualification qui ne s’applique proprement qu’aux brâhmanas, écrits dogmatiques des Védas et de beaucoup antérieurs aux Upanishats. C’est que les brâhmanas sont, si je puis parler ainsi, le produit de l’église Aryenne ; leur autorité est générale et incontestée, tandis que les Upanishats, parce qu’elles sont l’œuvre des diverses écoles et d’une tendance polémique, en partie du moins[7] ne jouissent que d’une autorité...




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